Date : 20 janvier 2026, 18h30
Titre : Voix intérieure et institution de l’intériorité psychique
Orateur : Victor ROSENTHAL, psychologue et anthropologue, Directeur de recherche INSERM, ses recherches portent, entre autres, sur l’institution de la vie psychique.
Argument : L’idée même d’une intériorité psychique, d’un univers à soi en retrait face au cours du monde, dépend de la possibilité de s’entretenir à tout instant avec soi-même. Cette possibilité de délibérer dans son for intérieur, confère à la vie psychique une profondeur délibérative, sans pour autant l’enfermer dans un espace clos sur lui-même ; sans que cette prise de distance face à l’extériorité ne fasse obstruction à l’actualité ou ne desserre le fin corset de la vie sociale. En me parlant j’entretiens de fait une relation sociale avec moi-même, je reconduis les us de la vie sociale au sein de ma vie intérieure, je fais société à moi-même. La propension humaine à ajouter de la parole à la parole, dire encore alors que tout a été dit, continuer à deviser alors qu’il n’y a personne à qui parler, revient à instaurer un for(um) intérieur au sein duquel la voix résonne et la parole s’entretient sans être à la merci d’une présence extérieure. La parole intérieure se fait ainsi la puissance instituante de la vie intérieure.
Or toute parole, qu’elle soit proférée haut et fort ou in petto, est dite par une voix qui l’incarne en même temps qu’elle la médiatise, et cela lui confère un caractère à la fois corporel, physique et celui d’une instance responsive, c’est-à-dire dotée des propriétés d’une personne (agent, sensibilité, subjectivité, conscience…). Ces dimensions, corporelle et responsive, font de la voix humaine une véritable instance dont le propos est souvent perçu comme une action efficace. Et comme tout propos attend la sanction d’une oreille, laquelle est elle-même une voix en puissance, l’acte de se parler crée de fait un champ intérieur au sein duquel cohabite une dualité ou une pluralité de voix, des voix qui au demeurant « ne peuvent rien se cacher ».
La pluralité des voix qui nous habitent, des voix irréductibles les unes aux autres, qui se font face et cohabitent au sein de ce qu’il est convenu d’appeler intériorité psychique, forme ainsi un moi composite, société à elle-même et instance de régulation psychique et sociale. Si ce moi est censé nous représenter, être au besoin notre porte-parole attitré, la cohabitation en son sein de plusieurs instances vocales, pouvant chacune faire valoir ses droits, lui confère par force une identité hétéroclite, négociable et sujette à contestation, et en même temps dotée d’un pouvoir d’expression capable à l’occasion d’usurper son rôle, de dissimuler, de mentir et en particulier de se mentir.